Un troisième squat parisien évacué
Par l'équipe de campagne, 17 septembre 2006 à 20:29 :: Le 19e arrondissement :: #12 :: rss
LOGEMENT Les forces de l'ordre ont délogé une trentaine de Maliens, en majorité des enfants, d'un immeuble en péril du XIXe arrondissement
Sans faiblesse et conformément aux injonctions du ministre de l'Intérieur Nicolas Sar-kozy, la préfecture de police poursuit l'évacuation des squats les plus dangereux de la capitale. Après être intervenues le 2 septembre dans deux sites insalubres occupés par des familles d'origine africaine dans les XIVe et XIXe arrondissement, les forces de l'ordre ont investi hier un troisième immeuble situé rue du Maroc, dans le quartier de Stalingrad (XIXe).
Haut de cinq étages, l'immeuble abritait une trentaine de Maliens, dont une vingtaine d'enfants, dans des conditions indignes. Les deux cours intérieures aux murs crasseux et lézardés sont recouvertes d'une couche d'immondices dans laquelle se battent des cohortes de rats. Deux carcasses de voitures éventrées servent de refuge aux rongeurs qui ont étendu leur territoire aux cages d'escaliers. Peintes au plomb, elles sont parcourues de vieux fils électriques pendants ici et là . Des fauteuils gagnés par la vermine, un tas de ferraille ainsi que des bouteilles de bière jonchant le pavé achèvent ce triste décor où se sont entassées jusqu'à 35 familles... C'était en 2002, avant qu'un grand nombre d'entre elles ne soit relogé.
L'immeuble a été repris en mains il y a quinze mois par une société HLM qui doit le réhabiliter pour en faire des logements sociaux. « Depuis notre arrivée en 1997. plusieurs de mes filles ont été malades du saturnisme, raconte Fofana Lakami, père de seize enfants et agent d'entretien dans un grand palace parisien. C'était difficile de vivre ici, mais on n'avait pas le choix. Je ne comprends pas pourquoi ils nous font partir maintenant, alors que l'on doit signer avant la fin du mois le bail d'un six-pièces de 110 mètres carrés dans le IXe arrondissement »
A 7 heures, plus d'une centaine de policiers appuyés par un escadron de gendarmes mobiles ont pris possession des lieux au terme d'une brève discussion avec la poignée d'élus parisiens qui les attendaient sous le porche d'entrée, ceints de leur écharpe tricolore.
Casqués et revêtus de cuirasses, équipés de pieds de biches et de coupes boulons, les CRS ont évacué les lieux sans incident Les entante en âge d'être scolarisés ont été conduits à leur école tandis que le reste des familles a rejoint un autobus pour les emmener dans un centre d'hébergement d'urgence du XVIIIe arrondissement Le président de Droit au logement, Jean-Baptiste Eyraud, a tenté en vain de s'opposer au passage du véhicule avant de rejoindre une poignée de militants scandant : «Non aux expulsions, solidarité avec les mal-logés ! »
« La visite d'un architecte de sécurité, le 14 septembre, a confirmé que l'immeuble présente des risques d'incendie élevés », estime-t-on au cabinet du préfet de police où l'on évoque les « graves désordres structurels menaçant les murs, planchers, escaliers et façades ». Un arrêté de péril délivré cette semaine, a donc permis de régler la situation. A l'instar de Fofana, les occupants du squat devraient rejoindre un logement décent avant la fin du mois.
Selon nos informations, une dizaine d'autres squats dangereux, parmi les 59 recensés par la police parisienne, pourraient être évacués à court terme. Depuis 2002, plus de 110 opérations du même type ont déjà été menées dans la capitale en exécution d'une décision de justice.
Les familles de la rue de la Fraternité relogées
La situation des dix-huit familles africaines expulsées le 2 septembre dernier du squat de la rue de la Fraternité (XIXe) est en voie de règlement. Pourtant, au soir de l'évacuation de l'immeuble, la préfecture de police craignait que la situation prenne un tour fâcheux. En effet, les quelque 80 hommes, femmes et enfants originaires de Côte d'Ivoire avaient refusé net d'être « disséminés » dans des hôtels. A leurs yeux, cette solution était synonyme d'une errance qu'aucun ne souhaitait revivre. « Je suis resté deux ans dans un hôtel parisien avec ma femme. Il y avait des cafards, c'était minuscule et on ne se sentait pas en sécurité », avait témoigné Diarra, squatteur d'une trentaine d'années qui gardait en mémoire « tes hôtels miteux à Ross ou au terminus de la ligne C du RER ».
Convaincus par des associations comme la Ligue des droits de l'homme qui martelaient « l'hôtel c'est du provisoire à durée indéterminée ». les Africains avaient installé un campement de fortune dans le square de la butte du Chapeau-Rouge, proche de leur ancien squat. Disposant d'un point d'eau et de sanitaires, approvisionnés en vivres par leurs soutiens, ils sont restés cinq jours sur place. L'ambassadeur de Côte d'Ivoire était venu à leur rencontre, leur promettant d'œuvrer pour l'accélération du processus de relogement et la régularisation des sans-papiers.
«Depuis, les familles ont reçu des offres d'appartements dans Paris intra-muros. rappelle Bernard Jomier, maire adjoint dans le XIXe arrondissement Hormis deux d'entre elles, toutes ont accepté tes propositions et l'Opac a entériné les dossiers d'attribution. » Dans l'attente de relogements programmés dès octobre, les Ivoiriens résident dans un hôtel de la porte de Saint-Ouen et la mairie du XIXe organise en semaine des navettes pour emmener les enfants à l'école. A la différence des 37 sans-papiers qui avaient été évacués le même jour d'un squat de la Tombe-d'Issoire dans le XIVe arrondissement, les vingt-deux clandestins de la rue de la Fraternité attendent encore leurs papiers. «les situations administratives sont étudiées au cas par cas », note un haut fonctionnaire de la préfecture de police qui insiste sur le fait qu'« il n'y aurait jamais de prime à la double illégalité, celle de l'occupation illégale et de la clandestinité... ».
Christophe Cornevin
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