La préfecture de police de Paris a décidé de surseoir, lundi 10 octobre, à l'expulsion d'un immeuble dégradé, passage de la Brie, dans le 19e arrondissement. Tôt le matin, 200 personnes s'étaient rassemblées sur les lieux, parmi lesquels de nombreux élus socialistes, Verts et communistes, dont l'adjoint (PS) au maire de Paris chargé du logement, Jean-Yves Mano. Le maire (PS) du 19e arrondissement, Roger Madec s'était publiquement opposé, vendredi 7 octobre, à l'intervention des forces de l'ordre et avait appelé à une manifestation sur place pour l'empêcher. Dans la foulée, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait, dans un communiqué, demandé au préfet de police « de surseoir à cette décision, le temps de finaliser le relogement des familles ». Cette évacuation, soulignait le maire, « concerne un lieu sur lequel la Ville et la Siemp (la société d'économie mixte chargée du traitement des immeubles insalubres) ont engagé depuis plusieurs mois un processus de relogement de toutes les familles concernées (...)- Dans ces conditions, le choix de l'évacuation par la force (...) est inopportun ». Le maire de Paris a aussi demandé à la Siemp de sécuriser l'immeuble « impérativement et sans délai ».
Ce « changement de cap du ministère de l'intérieur », selon l'expression de M. Madec, et le front commun opposé pour la première fois au préfet de police par les trois principaux groupes de la majorité municipale, interviennent deux semaines après le conflit qui a éclaté entre les socialistes et les Verts, au conseil de Paris, sur la question du logement des plus démunis (Le Monde du 29 septembre). Le président du groupe des Verts, qui est aussi président de la Siemp, René Dutrey, s'est réjoui de voir « l'union de la majorité parisienne se recréer dans la rue pour s'opposer au gouvernement», « Lorsqu'un maire d'arrondissement tape du poing sur la table, l'effet est immédiat», note pour sa part Bernard Jomier, élu (Vert) du 19e en regrettant « que le maire de Paris n'ait pas réagi plus tôt et plus fort » à la vague d'expulsions des dernières semaines.

Christine Garin
Le Monde - 12 octobre 2005