LE CHANTIER de démolition d'un ancien garage désaffecté, rue de Thionville (XIXe), a-t-il enfreint la réglementation sur le désamiantage ? Cest ce que pense Bernard Jomier, élu des Verts de la mairie du XIXe qui vient de saisir le procureur à ce sujet L'élu est d'autant plus alarmé que ce chantier a lieu à quelques mètres d'une école maternelle, une crèche collective municipale et un groupe scolaire privé, l'école Sainte-Thérèse. « Je ne connaissais pas ce problème d'amiante, explique la directrice de cet établissement C'est inquiétant »
En mars, la démolition d'un ancien garage des douanes, inoccupé depuis plusieurs années, démarre sous la responsabilité du bailleur HLM 3 F, qui va construire des loge-. ments sociaux à cet endroit Une entreprise spécialisée est mandatée pour le désamiantage des locaux. Au cours du chantier, les employés tombent sur de l'amiante dit « friable », le plus dangereux car il peut se volatiliser au moindre choc et atteindre des populations environnantes.
L'entreprise n'est pas qualifiée pour traiter ce type de produit mais procède quand même au désamian- tage. « Il s'agissait d'une toute petite quantité, présente autour d'une porte de chaufferie, explique-t-on au siège des 3 F. L'entreprise ne l'a pas touché : elle a enlevé la porte, confinée hermétiquement avant de l'envoyer dans une usine de traitement agréée. Pour nous, il n'y a eu aucune dissémination et tout a été fait correctement» Roger Madec, le maire PS du XIXe, informé de la situation, s'en est ému auprès du directeur des 3 F. «Apparemment il s'agissait d'un problème plus technique que délibéré, sa réponse m'a satisfait, même si je lui ai fait part de mon méconten.-tement », précise le maire.

«Les règles de protection ont été violées»

En revanche, les explications de 3 F sont loin de satisfaire Bernard Jomier, lui-même médecin et particulièrement vigilant sur les problèmes de santé publique. « Les procédures en matière de désamiantage sont très strictes. Même pour une petite quantité, il faut mettre en place des mesures de protection drastiques et utiliser des entreprises agréées. Toutes ces règles ont été délibérément violées. Il faut savoir que, dans la seule Europe de l'Ouest on attend 200 000 morts dues à l'amiante dans les dix ans à venir. » Le procureur doit maintenant décider s'il y a matière à poursuite ou non dans cette affaire. «Ce chantier nous a déjà joué des tours, ajoute la directrice de l'école Sainte-Thérèse. Avant les vacances, un mur côté rue s'est écroulé sur des voitures en stationnement, un matin, à l'heure de la rentrée. C'est un véritable miracle que personne n'ait été blessé ! »

SEBASTIEN RAMNOUX


Bonnes nouvelles pour la cité Michelet

A LA CTTÉ Michelet, dans le nord du XIXe, l'air qu'on respire n'est ni pire ni meilleur que dans le centre de Paris. Cest la conclusion d'une étude effectuée par un laboratoire indépendant pendant un an. Une pollution des sols avait été découverte il y a trois ans dans ce quartier HLM de 4 500 habitants, alors que démarraient des travaux de restructuration, très attendus Interrompus depuis, ces travaux devraient pouvoir redémarrer dès la fin de l'année si les résultats de l'expertise sont confirmés par la préfecture. Construites dans les années 1960, les 16 tours de la cité ont été édifiées sur une ancienne usine à gaz qui n'a jamais été dépolluée. Le dossier fait aujourd'hui l'objet d'un contentieux entre la mairie de Paris et GDF, qui refuse de prendre en charge la dépollution. Celle pollution de profondeur—principalement des hydrocarbures —n'a donc pas d'influence sur l'air ambiant et sur la santé des habitants. Mais des précautions sont désormais nécessaires. ■ Le groupe scolaire évacué. Par mesure de précau tion, les écoles maternelle et élémentaire installées au mi lieu de la cité devront être évacuées pendant la reprise des travaux, pour une période d'au moins un an. Elles pourraient s'installer dans un lycée hôtelier proche, tem porairement désaffecté.
■ Pas de jardins partagés. Le projet de restructura tion de la cité Michelet prévoyait la création de plusieurs jardins partagés pour les habitants, où ils auraient pu pra tiquer du jardinage collectif. En raison de la pollution, seul un jardin classique, sans potager, devrait être réalisé.

■ Inquiétudes persistantes. Que faire de la pollu tion de profondeur ? « On ne dit rien sur cette question, s'inquiète Bernard Jomier, élu (Verts) à la mairie du XIXe. Que se passera-t-il à la reprise des travaux ? Il n'est pas exclu que l'étude n'ait pas recensé toutes les poches de pollution Nous attendons des réponses plus précises à ce sujet »

S.R.

«Mes fenêtres sont juste au-dessus »
ANDRÉE habite rue de Thionville (XIXe)

J USQU'A récemment Andrée59 ans, ne connaissait rien à l'amiante. C'est sa voisine Simone qui l'a alertée dès que le projet de destruction du garage a été lancé. « Ma voisine a perdu ses deux parents à cause de la maladie de l'amiante. Alors, évidemment elle s'est tout de suite inquiétée du projet de démolition Je me suis sentie concernée : mes fenêtres sont au-dessus du chantier ! » Dès septembre, les deux femmes tentent d'obtenir des renseignements : « On nous rassurait on nous disait que tout serait fait dans les normes. Et, un beau jour, la destruction a commencé sans aucune mesure de confinement ou de protection On était vraiment furieuses. »
Les deux riveraines ont décidé de s'associer à la démarche de Bernard Jomier auprès du procureur.

S.R.