Un rapport sur les enjeux de la santé environnementale a été remis le 12 février au Premier ministre. Le diagnostic est sans appel : l'impact sur la santé des pollutions de l'air, de l'eau et des produits chimiques est largement sous-estimé.

LES MÉDECINS français n'ont pas les mains vertes. En matière de santé environnementale, ils sont à la traîne. «Les médecins sont peu au faîte de ces questions et les études scientifiques sont trop rares». Les rapporteurs de la Commission d'orientation du plan national santé-environnement ne sont pas tendres pour les médecins. «Je ne suis pas surpris, déclare le Dr Bernard Jomier, généraliste et élu Vert de la Mairie de Paris. La prise de conscience se fait lentement. » Et ce rapport de 250 pages a le mérite de passer en revue toutes les sources de pollution qui ont un impact sur la santé.

Si le message commence à passer, les rares médecins impliqués dans la santé environnementale se sentent encore démunis. Le Dr Jean-Claude George, généraliste dans la Meuse, tente, par exemple, sans grand succès, d'alerter les autorités sanitaires sur l'émergence de maladies vectorielles à tiques. « Depuis huit ans, j'y consacre trente heures par semaine. Mais ces pathologies dépendent de quatre centres de référence, et ce ne sont pas des maladies à déclaration obligatoire. Résultat : les informations de terrain ne remontent pas.» Cette lourdeur administrative, le Dr George la regrette d'autant plus que « 75 % des pathologies émergentes sont aujourd'hui des zoonoses. Et il n'existe aucune passerelle entre les vétérinaires et les médecins».
L'information pure et simple fait également défaut. La direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement d'Ile-de-France a par exemple diffusé, en septembre 2003,200 000 brochures sur la pollution atmosphérique dans les cabinets médicaux et les officines. « L'URML n'a pas été associée. D'ailleurs, je n'ai même pas reçu la brochure, peste le Dr Jean-Claude Jacquin, représentant de l'Union à Airparif. C'est un pétard mouillé.» Quant aux militants, ils ont le sentiment de ne pas être reconnus. «L'éducation sanitaire que nous faisons, comment est-elle payée? Et la valeur ajoutée de notre travail, elle n'est même pas évaluée», souligne le Dr Jacquin.

Pour pallier ces faiblesses, les auteurs du rapport proposent de créer une discipline universitaire en santé environnementale. En Allemagne, la « Umweltrnedizin » existe depuis vingt ans. Des lieux de consultation spécifiques ont même été créés pour les patients présentant plusieurs facteurs de risques. Le Dr Jomier propose, lui, de s'inspirer du Luxembourg: les médecins peuvent solliciter un institut de prévention et d'hygiène pour mesurer les aller-gènes et autres toxiques.

CÉCILE COUMAU