Communication concernant la remise du rapport du panel citoyen "Mieux vivre à Stalingrad".

Note : le travail du panel citoyen, exemplaire en terme de démocratie locale, a été nominé au prix Territoria des meilleures réalisations des collectivités publiques.

M. JOMIER indique que le panel citoyen mis en place sur le quartier Stalingrad a rendu son rapport au Maire d'arrondissement en octobre dernier.

Il rappelle que ce quartier a été ces dernières années le terrain d'une mobilisation des habitants pour protester contre un trafic de drogue grandissant et dont les statistiques des services de police témoignent sur cette zone à cheval sur trois arrondissements (10e, 18e et 19e arrondissements).

Il précise que l'intervention des forces de police, particulièrement forte ces deux dernières années, est indispensable pour mettre fin aux violences récurrentes (entre usagers de drogue, entre usagers et revendeurs et entre usagers et habitants).

Il indique que la situation s'est améliorée depuis quelque temps avec le déploiement de forces de police mais remarque que la question de l'avenir de ce quartier et de la sortie définitive de cette situation reste aujourd'hui posée.

Dans ce cadre, la municipalité a souhaité ne pas limiter son effort à cette demande d'intervention policière renforcée mais s'est fixée comme objectif d'impliquer les habitants dans le diagnostic des problèmes et dans l'élaboration des solutions pour "mieux vivre à Stalingrad".

Il rappelle que le panel se composait de 14 habitants du quartier dont la moitié tirée au sort après un appel à candidature diffusé notamment chez les commerçants (50 candidatures reçues).

Pour que le panel permette l'expression de points de vue différents, un comité de pilotage composé d'élus, de représentants d'associations et de différentes institutions concernées par cette question a désigné en complément de ces 14 personnes 7 personnes supplémentaires.

M. JOMIER indique que les membres du panel ont accepté de travailler ensemble pendant 4/5 mois pour comprendre et analyser la situation dans le quartier. Ils ont accepté la démarche de chercher un accord sur des propositions communes et ont pour cela procédé à des auditions publiques au cours desquelles ils ont entendu les points de vue d'une trentaine de personnes (associations, spécialistes en toxicomanie, éducateurs, policiers).

Il souligne deux aspects de cette démarche engagée par la municipalité :

  • la municipalité a choisi de donner la parole aux citoyens pour qu'ils participent aux changements du quartier et non pas qu'ils les subissent, au lieu de privilégier une réponse de spécialistes. Cette démarche n'est pas simple car la politique des drogues, souvent abordée de façon passionnelle dans le débat public, avec un manque de recul et d'analyse collective, se prête difficilement au consensus.

  • la municipalité n'a pas laissé à l'Etat la responsabilité d'apporter des réponses, même si la lutte contre la toxicomanie ne relève en rien de la politique municipale. Les élus locaux, responsables de ce qui arrive aux habitants, ont décidé de lancer cette expérience (première en France sur les questions liées aux drogues) dans le cadre de la démocratie participative.


M. JOMIER observe que ce panel montre qu'il n'existe pas de sujet sur lequel on ne puisse procéder au dialogue et ajoute que le rapport du panel illustre la qualité des débats qui ont eu lieu.

Il rappelle que le panel a abordé de grandes questions :

  • Comment agir localement alors que la politique des drogues est nationale ?
  • La présence policière et la rénovation du quartier suffisent-elles pour garantir la sécurité du quartier ?
  • Peut-on isoler la question des drogues des autres problèmes du quartier ?
  • Comment répondre aux besoins des usagers tout en évitant leur concentration sur le quartier ?
  • Les politiques de réduction des risques et d'accès aux soins sont-elles suffisamment coordonnées ?

M. JOMIER indique que ce débat a abouti à un ensemble de propositions paraphées par 13 des 14 participants au panel. Les politiques sociales, de prévention, de la Ville, de soins et de sécurité sont abordées sans apporter systématiquement de réponses techniques.

Le panel demande l'accélération du projet de rénovation du quartier en y incluant les problèmes liés aux drogues, pas suffisamment pris en compte.

Le panel souhaite l'élaboration d'une politique parisienne coordonnée sur les problèmes liés aux drogues. Les habitants du quartier ont compris que le problème ne serait pas résolu en le déplaçant sur d'autres quartiers.

Le panel demande une réflexion sur la réponse à fournir aux besoins des usagers de drogues en proposant, par exemple, un renforcement des dispositifs existants (intervention directe auprès des usagers) et mise en place d'un bus sur le quartier.

M. JOMIER voit dans cette démarche la volonté de ne pas procéder à une politique excluante, c'est-à-dire de répondre aux besoins de sécurité des habitants et de tranquillité du quartier mais aussi de ne pas occulter les réponses à apporter aux usagers. Cette réponse à leur apporter est partie prenante de la lutte contre la toxicomanie.

Il ajoute que le rapport montre la volonté de développer les actions de prévention en direction des jeunes et des familles.

Il constate que la parole donnée aux habitants n'a pas produit un discours de rejet ou d'exclusion. Ce discours est emprunt de beaucoup de sagesse dans sa réflexion et d'optimisme tempéré, c'est-à-dire de volonté de donner un avenir à ce quartier.

M. JOMIER indique que désormais les habitants attendent les réponses des élus, de l'Etat et de la Préfecture.