Séance du 15 septembre 2003
Par Bernard Jomier, 15 septembre 2003 à 15:36 :: Conseil d’arrondissement :: #55 :: rss
Communications sur les conséquences de la canicule.
« Cette crise illustre la lente dérive égoïste de notre société,
qui oublie les personnes agées, les malades mentaux et les plus vulnérables ».
M. JOMIER, rapporteur, indique que ce phénomène exceptionnel ne s'était jamais produit depuis que les relevés météorologiques existent en France (1873).
Il observe que l'ampleur et les conséquences de cette canicule sont différentes d'un pays d'Europe à l'autre. Les Pays-Bas ont connu le même phénomène que la France en terme de mortalité alors que la Belgique n'a été que faiblement touchée.
Il souhaite que l'on tire deux grands enseignements de cette canicule :
- sur les causes du drame et les politiques à mettre en œuvre pour les éviter ;
- sur la réponse apportée par le système de santé, d'alerte et de gestion sanitaire.
M. JOMIER rappelle que le dérèglement climatique n'est plus contesté et que la hausse vertigineuse de la production de gaz à effet de serre est largement responsable de ce dérèglement climatique.
Il précise que, bien que le phénomène soit mondial, les pays occidentaux ont une responsabilité particulière du fait de leurs émissions. Cette situation appelle des mesures fortes en terme de politique de l'énergie et les collectivités locales, à leur échelle, ont aussi des réponses à apporter.
Il ajoute que notre système de santé moderne, fondé après la 2e Guerre Mondiale pour répondre essentiellement au fort développement des maladies infectieuses, voit très clairement sa crise s'accentuer car il n'a pas su s'adapter à ce type de phénomène (les maladies liées au vieillissement, les maladies chroniques et les maladies liées à la dépendance et à l'environnement se sont accrues de manière forte. Presque la moitié des tumeurs de l'enfant sont attribuées à des causes environnementales).
Il précise que le recours massif à l'hôpital n'est pas adapté à ce type de situation car les CHU, créés par la réforme hospitalière de 1958, dont le principe de base est une grande spécialisation et un plateau technique lourd, se sont mal adaptés à ces changements survenus dans les années 70/80.
Si l'hôpital a besoin de moyens pour se financer et de moyens humains renforcés, M. JOMIER observe que les morts de l'été 2003 n'étaient pas à l'hôpital mais dans des maisons de retraite ou à leur domicile.
Il constate que ce qui a manqué aux victimes, ce ne sont pas des spécialistes de médecine d'urgence mais des mains pour leur donner à boire, des bras pour les aider à faire leurs courses et une présence humaine, pour alerter de la situation.
Il observe qu'il a manqué de personnel dans les maisons de retraite. Au plan national, il y a une corrélation entre le ratio de personnel soignant par résident dans les établissements pour personnes âgées et le nombre de décès.
Il déplore que peu soit fait pour que les différents intervenants sanitaires et sociaux travaillent ensemble, pour que les réseaux de soins bénéficient toujours d'investissements en terme de santé publique et pour que l'argent consacré à la prévention soit enfin supérieur à 2% du budget total de la santé.
M. JOMIER ajoute que l'on peut parler d'abandon des personnes souffrant de troubles mentaux. Chez les moins de 60 ans, 41% des décès liés à la canicule se sont produits chez des personnes souffrant de troubles mentaux.
Il précise que cela donne la mesure de l'abandon dont ces personnes sont victimes et rappelle que les élus de l'arrondissement se sont préoccupés à plusieurs reprises de cette situation notamment lors du dernier Conseil d'arrondissement, par un débat sur la santé mentale organisé à l'initiative du Maire, de M. VUILLERMOZ et de lui-même.
Il regrette que le gouvernement ait montré du doigt les familles car 2/3 des patients dépendants vivent à domicile. 37% ne sont aidés que par leur entourage et 38% bénéficient d'une aide mixte (de leur entourage et de professionnels).
Il indique qu'il est tout aussi injuste de s'en prendre aux médecins de ville car comme chaque année 75% des médecins ont effectué des actes pendant cette période.
Il précise que ces chiffres sont vérifiables en consultant les feuilles de soins télé transmises aux Caisses de Sécurité Sociale et déplore que les auteurs du rapport Lalande, mettant en cause les médecins de ville, n'y aient pas pensé.
Il ajoute que le gouvernement, au lieu de se défausser de ses responsabilités devrait les assumer.
M. JOMIER estime que les pouvoirs publics peuvent agir et que des solutions sont possibles : augmenter la prévention et accroître les soins de proximité en valorisant le maintien à domicile et en accordant les moyens de l'assurer pour éviter tout débordement dans les hôpitaux au moindre incident sanitaire.
Il ajoute que même si le système de santé a su tirer les leçons de la canicule, il se retrouvera dans le même état de tension avec une épidémie de bronchiolite ou de gastro-entérite trois fois plus forte car il faut agir sur sa conception et non ponctuellement.
Il indique que les moyens doivent être redéployés pour faire face aux problèmes de santé car continuer dans le tout hospitalier n'est pas le garant d'une bonne prise en charge.
Il souhaite que l'on mette en place un vrai statut, valorisé et valorisant des structures de longs séjours et des établissements de cures médicales. Ces structures doivent être considérées à part entière et non comme des mouroirs disposant d'un personnel peu important.
Il rappelle que cette catastrophe n'est qu'un révélateur de l'isolement et du manque de moyens des services de proximité et ajoute que la responsabilité est collective dans ce genre d'événement car notre solidarité est parfois trop faible.
Il estime que l'été 2003 laissera des interrogations car cette crise illustre aussi la lente dérive égoïste de notre société qui oublie de plus en plus les personnes âgées, les malades mentaux et les plus vulnérables et abandonne une certaine notion de solidarité.
Commentaires
1. Le 29 août 2009 à 07:34, par 4cielciel4
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