Santé publique > La traque des polluants dans l'air intérieur
Par l'équipe de campagne, 3 mai 2002 à 10:20 :: Santé :: #14 :: rss
L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur, mis en place en juillet 2001, a remis son premier rapport
sur une campagne de relevés dans 90 logements. Première étape avant son extension à 800 logements,
cette étude confirme la présence de polluants dans la maison.
« EN ZONE urbaine, nous passons 90% de noire temps dans une construction, bureau, école ou domicile», note Séverine Kirchner, responsable scientifique de î'Observa-toire de la qualité de l'air intérieur (OQAI). La qualité de l'air que nous y respirons est liée à celle de l'extérieur, mais surtout aux activités que nous y menons. Cuisine, ménage, entretien, ameublement et décoration, tabac, sont des sources de pollutions. Depuis sa mise en place, en juillet 2001, par Marie-Noëlle Lienemann, secrétaire d'État au logement, l'OQAI a étudié, en continu, l'air de quatre-vingt-dix logements et neuf écoles, afin de valider les outils de mesure choisis. Les polluants mesurés étaient les aller-gènes d'animaux, les moisissures, les bactéries, les fibres minérales artificielles, le dioxyde de carbone, le monoxyde de carbone, le dioxyde d'azote, les aldéhydes, et les composés organiques volatils (Cov), issus essentiellement des peintures, vernis, produits d'entretien, plastiques, etc. Première conclusion: les substances chimiques proviennent non pas de l'extérieur mais des logements eux-mêmes et se trouvent, en règle générale, en concentration plus grande dans les cuisines et les chambres. C'est notamment le cas du benzène, dont les concentrations demeurent néanmoins, dans 90% des cas, inférieures à 3 μg/m3 (risque pour une vie entière à partir de 1 Mg/m3 selon l'OMS). Parmi les Cov, la substance la plus rencontrée est l'alpha-pinène, issu de désodorisants, parfums d'intérieur, antimites, produits d'entretien, etc. avec des concentrations respectives dans les cuisines et les chambres de 400 et 262 μg /m3. «Aucune valeur de recommandation, ni OMS ni autre, n'existe sur cette substance, note Séverine Kirchner, et il y a tout un pan de recherche à faire. Nous ne sommes pas médecins.
Quand nous connaîtrons la nature de ces substances polluantes, l'étape suivante sera de faire l'évaluation des risques». La mesure de ces polluants de l'air intérieur n'en est donc qu'à ses balbutiements. Une prochaine campagne de mesure sur 800 logements et écoles apportera plus de précisions.
FREDERIKA VAN INGEN
«La solution est d'éliminer la pollution à la source»
Trois questions au Dr Bernard Jomier, généraliste, adjoint au maire du XIXe arrondissement, chargé des questions de santé
Que pensez-vous de la création de cet Observatoire de l'air intérieur?
C'est une nécessité. On sait qu'il existe des substances toxiques, pour les enfants notamment, dans l'air intérieur, Le premier rapport de l'OQAI le confirme. On sait aussi que certaines de ces substances sont cancérigènes. Et enfin, on sait qu'il y a une augmentation des pa-thologies d'irritation respiratoire et des tumeurs sanguines chez l'enfant. Il est temps d'étudier les liens qui peuvent exister entre ces problèmes. La ministre du Logement a proposé comme solution, lors du premier rapport de l'OQAI, d'aérer les pièces. C'est une règle d'hygiène, d'accord, mais la vraie solution est d'éliminer la pollution à la source.
Vous proposez- le développement de la démarche « Haute
qualité environnement». De quoi s'agit-il?
C'est une démarche qui établit des règles de construction pour une moindre consommation d'eau et d'énergie et qui prévoit l'utilisation de matériaux moins polluants. Elle est de plus en plus utilisée. Le Conseil régional d'Ile-de-France construit ses lycées selon ces normes et le groupe Accor les utilise également pour ses hôtels. Cela coûte en général 2 à 5 % plus cher au départ, mais la mise initiale est récupérée en dix ans.
Pourquoi réagissez-vous maintenant?
Des appels d'offres sont en cours pour construire de nombreuses crèches à Paris. On ne peut pas aujourd'hui se lancer dans des programmes de construction des lieux où nos enfants passeront des heures en se contentant de normes qui ont vingt ans de retard.
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