LOIN DE L'IMAGE traditionnelle des gaz d'échappement polluant l'air urbain, les crèches et établissements scolaires seraient eux aussi contaminés, de façon moins visible, par des toxiques contenus dans les matériaux d'isolation, les parquets stratifiés ou les textiles traités. A l'occasion de la publication du premier rapport de l'Observatoire de la qualité de l'air in- térieur, démontrant la pollution des maisons et des écoles (l'étude portait sur 90 logements et neuf écoles), Bernard Jomier, élu vert du XIXe arrondissement, pousse un cri d'alarme. Par ailleurs médecin, l'adjoint chargé des questions de santé et des risques environnementaux demande que les appels d'offre lancés actuellement pour la création decrèches à Paris intègrent dans le cahier des charges la norme HQE (haute qualité environnementale). « A l'heure où la Ville de Paris va construire beaucoup de crèches, pourquoi le faire sous les normes du passé », interroge-t-il. Le rapport met en effet en évidence la présence de substances pathogènes. « Depuis dix ans, on note une augmentation de 50 % des tumeurs du sang chez les enfants. Et si on ne connaît pas la part de chaque polluant, on sait l'incidence des composés organiques volatiles sur ces maladies. » Les produits d'entretien peuvent être dangereux Au premier rang des substances cancérigènes, le benzène, présent dans les solvants de peinture et les pro-. duits d'entretien, et les aldéhydes, qui se trouvent dans les bois traités, les meubles en bois pressé ou les sols stratifiés. La réaction de la secrétaire d'Etat au Logement,. Marie-Noëlle Lienemann, qui a préconisé. « une campagne d'information sur la nécessité de mieux aérer les lieux fer-més », a profondément choqué Bernard Jomier. « II faut être sérieux ! Ne prenons pas vingt ans de retard. » II propose donc d'appliquer dès maintenant la norme HQE, norme internationale déjà très appliquée par nos voisins. « En France, c'est balbutiant, mais aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Espagne, elle est très suivie. » Sans aller chercher si loin, il existe pourtant quelques exemples de constructions ayant déjà pris en compte cette norme : le futur musée du quai Branly ou le palais de justice de Melun (Seine-et-Marne). Certes, l'application de la norme entraîne un surcoût de 2 à 5 % à l'investissement, « mais cette dépense est compensée par les économies d'énergie et d'eau ».

JULIE CLOR


— Une norme de qualité —

HQE : TROIS LETTRES QUI SEMBLENT UN PEU BARBARES. La norme haute qualité environnementale s'applique aux constructions ou aux opérations de rénovation des bâtiments. A vocation complète, elle établit des règles pour réduire les nuisances entraînées par un chantier, d'autres pour accroître la qualité des constructions. « Elle pose notamment des impératifs de santé, de salubrité des locaux, de réduction des consommations d'eau et d'énergie », détaille Bernard Jomier. D'ailleurs, le conseil régional d'Ile-de-France l'a déjà appliquée à la rénovation et à la création de six lycées. « C'est une vraie priorité, explique-t-on au cabinet du président de la région. De plus en plus, nous voulons nous inscrire dans la politique HQE. »